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Le nouveau journalisme web

  • Photo du rédacteur: Romain
    Romain
  • 17 juil. 2020
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 mars 2021


Le nouveau journalisme web


Le métier de journaliste s’est diversifié au fil des siècles et nous sommes loin aujourd’hui des standards du début du XIXème siècle, où des grands auteurs donnaient leurs lettres de noblesse au journalisme à l’image d’un Émile Zola pour le journal l’Aurore. Mais avec la démocratisation d’Internet, une nouvelle vague de « pseudo journalistes » ont fait leur apparition. On les appelle youtubers, streamers et influenceurs. Des métiers qui à première vue n’ont rien à voir avec le journalisme mais qui s’en rapprochent sur bien des points.


La WebTV, la télé d’Internet


Bien qu’utilisé depuis 1994 en France, Internet s’est progressivement répandu dans notre société à partir du milieu des années 2000 jusqu’à aujourd'hui. Et selon une étude réalisée par We Are Social (entreprise spécialisée dans la conversation entre marques et internautes et la seconde), et Hootsuite (outil de gestion de réseaux sociaux), Internet a été utilisé par 92 % de la population française en 2019, confirmation de son excellente implantation dans l’hexagone.


60,42 millions de français utilisent internet. (We Are Social)


Toutefois, malgré ses chiffres renversants, Internet reste derrière le géant que représente la télévision qui, d’après le Conseil supérieur de l’audiovisuel, est installée dans 94 % des foyers en France entre le deuxième trimestre 2017 et le deuxième trimestre 2018. Mais ce léger écart, met en évidence une chose : la montée en puissance d’Internet, pas seulement comme outil de communication mais en tant que média à part entière, comme le montre une nouvelle fois, l’étude de We Are Social, où il y est précisé que 83 % des utilisateurs d’Internet en France visionnent du contenu vidéo sur Youtube.


Cette même plateforme, qui en 2008, a lancé sur son site le “Live Streaming”, soit la diffusion d’un contenu filmé en direct sur Internet. Un procédé qui a notamment permis le développement en France, des Web TV qui sont littéralement des émissions de télé sur Internet. Un format qui est surtout répandu sur le célèbre site de streaming vidéo, Twitch,


C’est donc autour de ce média, similaire à la télévision sur de nombreux points, qu’ont été créés plusieurs métiers en rapport avec le journalisme télévisuel, tel que : animateur ou encore présentateur. C’est d’ailleurs Pierre-André Joly alias Maxildan, streamer et lui-même présentateur sur LeStream, une Web Tv spécialisée dans les jeux-vidéo et l'actualité, détenu par le groupe Webedia, qui nous en a parlé “ Alors, effectivement il y des différences entre la télé et la Web TV, mais c’est surtout des différences de coûts.”. Il ajoute également “par exemple, pour une émission de télé à laquelle j’ai eu la chance de participer comme Burger Quiz, les moyens mis en place pour seulement une seule émission c’est l’équivalent de la programmation sur un mois de Le Stream. C’est pas du tout le même délire”.



Le présentateur-streamer Maxildan avec Alain Chabat pour l’émission Burger Quiz. (Burger Quiz)


Un délire en pleine expansion, comme le spécifie Maxildan en pointant du doigt les chiffres de LeStream en perpétuel croissance “Aujourd'hui, la plateforme reine pour faire du live c’est Twitch car nous sommes en live, de 7h du matin à minuit tous les jours, c’est en plein essor et chaque année les chiffres augmentent”. Par ailleurs, pour son lancement en 2017, LeStream a comptabilisé près d’un million de vues et jusqu’à 150 000 spectateurs simultanés entre 18h30 et 20h, un record mémorable pour une chaîne en langue française sur Twitch.


Vidéo en rediffusion de LeRécap, l’une des émissions de LeStream. (Youtube)



Le streaming-boom


Le streaming est devenu un phénomène à un tel point qu'aujourd'hui, ce sont les personnalités de la télé elles-mêmes qui rejoignent les rangs des Web TV comme avec l’émission LeLive, petit frère de LeStream. C’est le cas de Kevin Razy, présentateur sur Canal + ou bien encore l'icône de la télé Michel Cymes, afin de travailler main dans la main avec des youtubers et des streamers. Une aberration pour beaucoup et surtout causée par la concurrence et les multiples débâcles entre les célébrités de la télévision et celles d’Internet. Ce fut le cas avec l’interview en 2017 du youtuber Squeezie par Thierry Ardisson sur le plateau de “Salut Les Terriens” très critiquée par les internautes et qualifiée de condescendante à cause des propos du présentateur.


Néanmoins, malgré cet afflux de grands noms, LeLive contrairement à son aîné a effectué un flop pour son lancement en janvier, avec seulement 15 000 spectateurs simultanés, avec en plus, de nombreux problèmes techniques, et même un bannissement de la chaîne par Twitch pour une blague raciste.


Ces ressemblances avec le journalisme télé nous confortent dans l’idée de cette modernisation du journalisme sur Internet. Du moins, ce n’est pas le cas pour Maxildan, il s’explique “Je ne me considère pas comme journaliste car premièrement je n’ai pas de carte de presse, D’ailleurs avec la carte de presse viennent un tas d’obligation de déontologie, moi je fais un paquet “d’opé spé” (placement de produit), je fais des émissions pour des marques, en partant de là, déontologiquement c’est compliqué. Mais je me dois d’être transparent pour les spectateurs”. Il précise également la différence entre le journalisme et son travail chez LeStream “un journaliste quand il te donne une info tu peux t’y fier, c’est vrai, et si ce n’est pas le cas, c’est qu’il a failli à sa tâche. Nous, sur LeRécap, ça peut vite devenir de la discussion de comptoir”.


Cependant, nombreux sont les youtubers ou streamers à se revendiquer journaliste ou à accomplir un travail journalistique comme Hugo Travers. Ce dernier est l’auteur de reportages ou d’interviews de politiciens notables tels que Marine Le Pen, voire même du Président de la République, Emmanuel Macron.


L’interview du Président de la République par Hugo Travers. (Youtube)



Le streamer devenu journaliste sans carte de presse


Ken Bogard, ou de son vrai nom Yoann Verdier, fait lui aussi partie de cette mouvance de youtuber/streamer-journaliste. À l’origine professeur de mathématiques, il est maintenant, streamer, animateur et journaliste d’une émission sur une WebTV, chez Jeuxvideo.com notamment détenue par Webedia. Cet homme aux multiples casquettes, est surtout connu pour être un emblématique commentateur de jeu de combat surnommé versus fighting, ainsi que l’une des premières voix de l’évènement international de ce genre, l’Evolution Championship Series. Sa particularité réside dans le fait qu’il se considère journaliste contrairement à son homologue Maxildan, bien qu’il ne possède pas la carte de presse, il s’exprime à ce propos. “Même si je n’ai pas ma carte de presse, je me considère comme journaliste parce que j’anime des émissions d’actualité, de débat avec des intervenants qui apportent leurs points de vue et leurs idées. Nous sommes indépendants dans notre façon de penser, on donne de l’information mais on essaye d’analyser et d’être critique envers cette information”.


De plus, il ajoute par rapport à son travail. “ Meurs Pas Sans Ton Pif, qui est une émission d'actualité autour du jeu de combat, est très éditoriale. Aujourd'hui, je suis maître de mon propre édito dans mes émissions, je mets en place mes propres invités et je fais mes propres sujets tous les jours dans des quotidiennes. Je n’ai pas un métier très différent de ce que peut faire un journaliste de chez France Info tous les matins dans sa matinale”. Malgré ce travail journalistique et son dévouement, Ken Bogard a du mal à être qualifié par le grand public de journaliste : pas de carte de presse, mais pas non plus d’études dans le cursus, et pas de travail d’écriture. Ce sont quelques-unes des nombreuses problématiques que rencontre le commentateur dont l’inspiration provient de la célèbre voix du catch Christophe Agius, ou bien encore du grand journaliste, Léon Zitrone.


Yoann Verdier aka Ken Bogard, commentateur symbolique du versus fighting. (Romain Tardino)



Autant de critères qui montrent l'ambiguïté du métier. Car même s’il existe bel et bien un statut légal du journalisme français, l'octroi de la carte de presse ne dépend juridiquement ni du niveau de formation, ni d’un diplôme et pour cette raison, il n’y a pas de notion de monopole dans l’accès au journalisme. En ce qui concerne Ken Bogard, selon lui c’est l’étiquette “d'influenceur” qu’on lui a collé qui l'empêche d’embrasser le métier de journaliste “Le journaliste se doit d’être la parole de quelque chose, un influenceur est un vecteur d’idées qui lui sont propres, c’est des choses différentes et difficile à lier”. Mais est-ce une raison suffisante pour interdire l’accès au statut de journaliste ? N’est-ce pas plutôt une question de média ? Là encore, Ken Bogard apporte des clarifications. “Je suis animateur de l’émission Versus, sur la chaîne de télévision ES1, c’est un média traditionnel je pense. J’ai aussi fait un peu de radio et je réponds souvent à des interviews pour pas mal de médias lorsque l’on a besoin d’un spécialiste sur le jeu vidéo ou de jeu de combat, j’apporte mon expertise. Je ne me suis jamais éloigné des médias traditionnels, bien au contraire.”.


Pourtant, ne pas posséder sa carte de presse ne signifie pas être aux antipodes du journalisme, Ken Bogard n’est pas un cas isolé et il n’y a pas de secret autour du fait que de nombreux journalistes ne possèdent pas cette carte, comme c’était le cas pour le journaliste reporter d'images, Gaspard Glanz.


Ce document n’est pas obligatoire et le métier peut être exercé par qui le veut librement, bien qu’il soit tout de même nécessaire que la moitié des revenus proviennent d’une profession journalistique. D'autant plus que la carte de presse n’est nullement mentionnée dans la définition légale du journaliste professionnel dans le code du travail.



Influenceur et journalisme


Une des nombreuses vidéos du Random Watcher. (Youtube)


C’est Ken Bogard qui le mentionnait, l'étiquette d’influenceur est une sorte de fardeau pour lui, mais pour d’autres, elle confère un avantage considérable pour se faire entendre et divertir. L’exemple le plus significatif nous est fourni par le Random Watcher, un youtuber de plus de 200 000 abonnés, spécialisé dans l’analyse d’animés issus de manga “Je trouve ça cool, je peux faire découvrir des œuvres aux gens qui me suivent, et même les compositeurs, des animateurs et réalisateurs”. Mais il nuance tout de même sur le risque d’avoir une telle influence sur un public. “On a une influence et il faut faire attention à ce que l’on dit, dans le sens où les gens peuvent interpréter mot pour mot ce que l’on va dire, clairement si demain je sors une vidéo où je parle d’une œuvre, et je dis qu’il faut absolument l’acheter, ça va les influencer à dépenser de l’argent pour cette œuvre”.


Évidemment, avoir autant d’influence peut se montrer néfaste. Le youtuber Le Roi des Rats a réalisé de nombreux reportages à ce sujet, dans l’objectif de lever le voile sur les abus de certains influenceurs envers leur public. Des reportages dans la même veine que ce qu’il est possible de regarder sur les chaînes de télévision traditionnelles, à l’instar du célèbre youtuber Seb La Frite, dont le reportage “Seb en Papouasie” a été diffusé sur TFX.


Le journalisme reste, pour autant, un gage de qualité mais auprès de la jeune génération et sans généraliser, on préfèrera peut-être se fier à un influenceur, youtuber, streamer. Quelqu’un de plus proche de nous et de plus influent, là où le journaliste commence à se faire archaïque pour certains et là, où un flou commence à apparaître entre le journalisme et le contenu que l’on peut trouver sur Internet. Une guerre, où c’est celui qui fera le plus d’audience(s) qui l’emportera. Pour Ken Bogard, partager l’information est le principal devoir du journaliste et il est malheureusement trop souvent oublié. “Avant le méchant c’était les jeux vidéo, maintenant le méchant c’est Youtube, peut-être que demain le méchant ce sera Netflix pour la télé, je ne sais pas qui sera le méchant, moi je m’en fiche de cette guerre-là, si je peux utiliser tous les médias possibles et imaginables pour transmettre l’information, je le ferais”.


Romain Tardino


 
 
 

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